Les espaces colorimétriques : pourquoi, comment et est-ce que mon chat peut les comprendre ?

Salut la communauté Shootiful et les autres! Et puis salut les héros du “ça rend pas du tout comme sur mon écran” ! Aujourd’hui, on plonge dans un sujet souvent mal compris et qui m’a été demandé sur Shootiful : les espaces colorimétriques. Ça fait peur dit comme ça, mais promis, on va dédramatiser tout ça au travers d’un article simple et qui donne de vraies réponses.

Pourquoi plusieurs espaces colorimétriques ?

C’est simple : parce que les couleurs, c’est comme les chaussettes. Il y a mille nuances et pas toujours deux pareilles. Chaque espace colorimétrique est une manière de réduire les couleurs disponibles dans une gamme précise. Imagine un salon (genre celui de la photo en fait) où chaque espace colorimétrique est un stand. Adobe RGB a son coin VIP, sRVB est le stand tacos (accessible à tout le monde), ProPhoto est l’OVNI que personne ne comprend et l’écran P3… c’est le stand futuriste avec des LED partout.

En gros, ces différents espaces existent parce que tout écran ou imprimante ne peut pas afficher toutes les couleurs du spectre visible. Triste révélation, mais vraie.

Les définitions : parce que c’est important de poser les bases

1. sRVB : le populaire

C’est le fast-food des espaces colorimétriques : accessible, basique, et tout le monde en a déjà mangé. Conçu pour afficher environ 35 % des couleurs visibles par l’œil humain, sRVB est parfait pour une utilisation générale. Il est supporté par pratiquement tous les écrans, des moniteurs d’ordinateur aux smartphones en passant par les télévisions. Les couleurs s’affichent de manière cohérente et fiable, ce qui en fait l’étalon-or pour le contenu web et les réseaux sociaux.

2. Adobe RGB : le bobo de la bande

Avec son écharpe et son appareil Leica (j’ai rien contre, calmez vous), Adobe RGB offre une gamme de couleurs plus large que sRVB, couvrant environ 50 % des couleurs visibles par l’œil humain. Cet espace est particulièrement prisé pour les travaux destinés à l’impression, car il inclut des nuances de vert et de cyan qui manquent à sRVB. On le retrouve sur des moniteurs haut de gamme spécialisés pour la photographie et le graphisme. Attention toutefois, si ton écran ou tes outils ne sont pas calibrés pour Adobe RGB, les couleurs peuvent sembler fades ou incorrectes.

3. ProPhoto RGB : le génie incompris

Cet espace est tellement grand qu’il inclut environ 90 % des couleurs visibles par l’œil humain, ainsi que certaines couleurs que nous ne pouvons même pas percevoir. Oui, tu as bien lu. C’est comme avoir une Ferrari dans une ville où toutes les routes sont limitées à 30 km/h. ProPhoto RGB est parfait pour les workflows de post-production lourds dans Lightroom ou Photoshop, mais il faut absolument travailler avec des fichiers RAW pour exploiter son potentiel. C’est le choix des perfectionnistes qui prévoient des tirages Fine Art. Note toutefois que pratiquement aucun écran ne peut afficher ProPhoto RGB dans son intégralité, donc tu travailles souvent à l’aveugle (un peu comme peindre dans le noir, mais avec talent).

4. écran P3 : le geek high-tech

À l’origine conçu pour le cinéma, l’écran P3 couvre environ 45 % des couleurs visibles par l’œil humain, soit une palette proche de celle d’Adobe RGB mais optimisée pour le digital. Cet espace est largement adopté par les écrans modernes, notamment les produits Apple (iPhone, iPad, MacBook) et certains écrans HDR. Ses couleurs riches et vibrantes en font un excellent choix pour les créations destinées aux plateformes digitales, comme YouTube ou même Shootiful ou les applications mobiles de qualité.

Je te mets une vidéo que j’ai tourné il y a quelques temps avec LEBOLABBO, laboratoire de tirage pro sur Bordeaux. Tu y apprendras également pas mal de choses sur ce qu’il faut faire pour préparer un tirage (et ça parle un peu d’espace colorimétriques)

Utilités pratiques : quand et pourquoi les utiliser?

sRVB :

Utilise-le si tu veux que tes photos soient parfaites sur Instagram, ton site web ou ton écran classique. Parfait pour la majorité des besoins en ligne. Exemple : une photo de ton chat postée sur Facebook. (Oui, encore ton chat.)

Adobe RGB :

Pratique pour l’impression de qualité, comme ton portfolio ou les affiches pour une expo. Exemple : cette photo de coucher de soleil que tu veux imprimer en 80 x 120 cm pour impressionner tes amis.

ProPhoto RGB :

Utile pour les pros du post-traitement avec Lightroom ou Photoshop. Exemple : travailler une photo de mariage en vue d’un tirage Fine Art.

Ecran P3 :

Idéal pour créer du contenu pour Apple (restitution parfaite des couleurs d’un produit Apple à un autre), YouTube ou d’autres plateformes en ligne.

Quel est le meilleur espace colorimétrique pour un photographe ?

Pas de réponse universelle, mais voici une piste :

  • Tu crées surtout pour le web ? sRVB est ton ami.
  • Tu prévois d’imprimer ? Passe sur Adobe RGB.
  • Tu es un perfectionniste fou et travailles sur des projets haut de gamme ? ProPhoto RGB t’ouvre un monde (invisible) de possibilités.
  • Tu travailles sur des équipements modernes ? L’écran P3 te régalera.

Personnellement, j’utilise Adobe RGB à la fois sur mon appareil photo et lors de l’exportation depuis Lightroom, afin de maintenir une cohérence entre mes appareils. D’ailleurs je te conseille très fortement de garder le même espace colorimétrique de ton appareil à tous tes logiciels de retouche! Comme je fais également de l’impression, cet espace colorimétrique est idéal pour mes besoins.

Si je devais te conseiller, je dirais que tout dépend de ton usage : le sRVB est suffisant si tu ne fais que publier sur Instagram ou les réseaux sociaux, tandis que l’Adobe RGB est préférable pour les impressions ou un travail de qualité supérieure. Cependant, pour exploiter pleinement Adobe RGB, il faut avoir un écran avec un gamut étendu. Voici quelques caractéristiques à regarder pour choisir un bon écran compatible :

  • Une couverture d’au moins 99 % de l’espace Adobe RGB.
  • Une résolution élevée (idéalement 4K).
  • Un taux de contraste élevé pour des noirs profonds.
  • Une calibration en usine ou la possibilité de calibrer l’écran toi-même avec une sonde colorimétrique.

J’espère que cet article t’aura aidé!
N’hésite pas à le partager, le blog de Shootiful est visible par tout le monde, y compris les non membres :).

Yohan

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Réponses

  1. Merci pour ton article très complet. Par contre, pour ma part, pro de l’image, mais avant tout passionné de belles images, travaillant à la fois pour la presse mag, reportages voyages, éditions de livres de Photographie, exposition d’art et vente du tirage. J’ai fait depuis bien longtemps le choix de travailler uniquement avec l’ADOBE RGB 98 ( 98 car il a été formaté en 1998 :p ). C’est un choix purement pragmatique. Mon appareil est capable de l’enregistrer directement sur le format JPEG. Il est pris en charge à 100 % sur mon écran qui possède un GAMUT (nombre de couleur qu’il est capable d’afficher) capable de l’afficher dans sa totalité. Et je peux l’imprimer sur des imprimantes très performantes RDV capable de le reproduire à 100%. Car en toute logique, pour moi, pourquoi travailler dans l’espace ProPhoto alors qu’aucun écran n’est capable de l’afficher, et aucune imprimante, même les plus performantes, ne sont capables de l’imprimer. Après je te rejoins totalement, il ne faut pas trop se mettre la pression avec les Espace couleurs car même le petit sRGB nous permet une gamme de couleur très de largement suffisante pour proposer de très belles photos. Quand je regarde ton travail photographique d’artiste, que j’apprécie, toute la gamme couleur de tes images, représentant ton univers, sont très largement déjà incluses dans le GAMUT du sRGB. Pour la petite histoire, beaucoup trop de photographes préfèrent travailler avec le ProPhoto, car comme ils disent”on a beaucoup plus de couleurs pour travailler”. Le problème est, par méconnaissance du sujet, qu’ils n’ont pas compris que tu as beau travailler avec le ProPhoto, les couleurs que tu vois, ce sont les couleurs uniquement que ton écran est capable d’afficher. D’ailleurs il faut noter, que sur Lightroom, l’espace couleurs utilisées, par défaut, correspond à une version un peu bâtarde de ProPhoto “MELISSA” 🙂

      1. Je suis bien d’accord avec toi. Le problème vient, historiquement parlant, d’ADOBE. Qui lorsqu’on développe depuis Lightroom vers PhotoShop, vers l’espace Adobe RGB, par exemple, il y a un message qui nous dit en gros “c’est dommage car si vous me développer pas en ProPhoto, vous perdez des couleurs”. Ils ont raison sur le fond Mais sur la mise en pratique quotidienne de l’image, que l’on soit amateur ou professionnel, dans l’idée bien sûr de l’imprimer, ce message est totalement faux. Car, on le sait très bien, nos images soit sont imprimées sur des systèmes Presse Offset ou Hélio ( CMJN) ou imprimante RVB avec des GAMUT limités aux environs de l’ADOBE RGB. On peut bien sûr, décidé de avec le ProPhoto, en imaginant, par exemple, que dans 10 ans, nous aurons accès à des écrans ultra Wild capable d’afficher le ProPhoto. Par contre, le papier lui ne changera pas et les encres pigmentaires non plus donc on sera toujours limité par le print. Même sur des qualités de papier surfacés catégories fine Art 🙂

  2. Super article qui m’a permis d’enfin comprendre les subtilités de ce monde de la couleur. C’est vraiment un monde à part avec tellement de métiers passionnants!
    Merci pour cet éclaircissement .

  3. Merci. C’est clair à part un petit point pour moi :
    99% de mes photos sont pour le web, smartphone, etc…
    Parfois, il m’arrive de faire des tirages (10×15) seulement pour offrir. En ce moment ma fille m’a sélectionné 50 photos pour un tirage (prestataire extérieur).
    Et encore plus rarement mais ça reste un objectif de “quand j’aurais suffisamment de temps” : faire des livres photos de voyage ou autre.
    Est-ce qu’il suffit de changer lors du travail sous LRC de passer en Adobe RVB pour ces photos qui vont etre tirées, ou si elles n’ont pas été prises dans cet espace auparavant, cela ne sert à rien ?
    Merci chef !
    Lolo